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Ils vendent le carbone en forêt

Ils vendent le carbone en forêt
Notre-Dame-du-Pé, mardi 26 février.Pascal Yvon (à g.) et Hubert Guillais prônent une sylviculture naturelle, sur laquelle s’appuie la démarche de Carbon Forest.

 

Implantée en Sarthe, à La Bosse, la société Carbon Forest permet aux entreprises, notamment, d’agir en faveur de l’environnement en compensant leur empreinte carbone.

Vendre du carbone stocké dans le sol des forêts : ce qui, au départ, pourrait faire croire à un poisson d’avril, est en fait une affaire très sérieuse. Et prometteuse pour l’avenir.

Bertrand Piccard a fait l’éloge de cette démarche
« On vend du carbone stocké dans le sol de nos forêts et on offre ainsi aux entreprises un moyen de compenser leurs émissions de CO2 », explique le Sarthois Pascal Yvon, à la tête de Carbon Forest, société regroupant des propriétaires et experts de massifs forestiers. Ils sont une petite dizaine et leurs forêts sont situées essentiellement en Sarthe, Mayenne et Indre-et-Loire.

Pionnier de l’aviation solaire, Bertrand Piccard qui a bouclé le premier tour du monde aérien sans carburant fossile, a salué la démarche de Carbon Forest l’an dernier, lorsque la société sarthoise a signé son premier contrat avec l’Automobile Club de l’Ouest.

1000 tonnes de carbone pour les 24 h du Mans
Pour compenser les émissions de CO2 de sa 86e édition des 24 heures du Mans, l’ACO s’est en effet engagée dans une démarche responsable en contribuant au stockage de carbone avec Carbon Forest.

L’ACO a acquis 1000 tonnes de carbone retenu dans le sol sur 1 000 ha de forêt pour trois ans, de 2018 à 2020. Des forêts choisies en fonction de leur proximité avec le circuit. L’ACO est le premier organisateur de courses automobiles à se lancer dans une telle démarche durable et compensatrice.

Une sylviculture naturelle
Pour un stockage durable de carbone, Carbon Forest s’appuie sur une méthode de sylviculture continue et naturelle. « Des branches aux racines en passant par le sol, un arbre est capable de capitaliser le carbone à long terme sous couvert d’une gestion raisonnée de l’ensemble de la forêt », explique Pascal Yvon. « Nous privilégions la regénération naturelle, nous ne pratiquons pas de coupes rases, car il faut bien savoir que chaque fois qu’on coupe des arbres, qu’on laboure le sol, on libère du carbone », poursuit Hubert Guillais, forestier du Sud Sarthe, membre de Carbon Forest. « C’est cette gestion naturelle de la forêt qui permet de conserver le carbone dans le sol ». Le modèle de sylviculture que prône Carbon Forest s’oriente davantage vers la production de bois de haute qualité. Un référentiel forestier que s’engagent à respecter ces propriétaires. « Notre façon de faire empêche le carbone de fuir et en plus, elle favorise un accroissement, chaque année, du carbone dans le sol forestier », expliquent-ils.

Plus de carbone chaque année
Davantage de carbone dans le sol entraîne une meilleure fertilité, le maintien de la biodiversité, la préservation de l’eau… « En gérant de façon naturelle la forêt, c’est-à-dire en recourant à une méthode de coupe par prélèvement, le carbone peut se capitaliser et tous les ans, cela représente 1 à 2 tonnes de carbone supplémentaire à l’ha. » C’est
cet accroissement que Carbon Forest se propose de vendre.

Concrètement, comment ça se passe ? Pour l’entreprise souhaitant compenser son empreinte carbone, tout commence par un bilan carbone, c’est-à-dire un calcul de ses émissions de CO2 annuelles. Ainsi, elle connaît ses besoins. « Ensuite, elle choisit la forêt et la période sur laquelle elle veut stocker son carbone parmi une sélection qualifiée et le montant nécessaire à la compensation carbone est validé », explique-t-on chez Carbon Forest. La tonne de carbone stockée par ha de forêt et par an coûte 50 € (HT). « C’est un produit parfaitement traçable » assure Pascal Yvon.

Florence LOYEZ – agence.sable@maine-libre.com